Nos blessures "chéries"

LEONARD LASKOW - Considérez le paradoxe de la formule « blessure chérie ». Pourquoi chérir une blessure ? En quoi pourrait-elle avoir une quelconque valeur ?


Outre le fait d’être l’excuse parfaite pour justifier nos défauts actuels, c’est l’IDENTIFICATION à l’histoire qui brouille la distinction entre la Présence consciente que nous sommes réellement, et la personnalité du petit moi que nous pensons être. Qui serais-je sans mon histoire ? Quel sens ma vie aurait-elle sans cette blessure chérie ? Ce n’est pas une question futile. En vous préparant à la liberté que le pardon promet, êtes-vous prêt à vivre une telle liberté ? Êtes-vous prêt et disposé à être quelqu’un et quelque chose d’autre que cette histoire limitante ? [...]


Sommes-nous prêts à lâcher ces schémas perceptifs et énergétiques habituels ? Sommes-nous prêts à vivre dans le bien-être et la sérénité ? Les blessures chéries peuvent prendre également d’autres formes, comme l’attachement à des êtres chers décédés, ou des préjudices datant de plusieurs générations. Nous brandissons peut-être encore la bannière de « notre peuple », quel qu’il soit.


Il n’y a aucun jugement à porter sur ces attachements. Cela fait partie de la condition humaine (c’est-à-dire, du conditionnement humain), d’apprendre dès l’enfance lorsque nous nous blessons et commençons à pleurer, que nous pouvons attirer l’attention de ces grandes personnes si puissantes – et peut-être même utiliser cette blessure pour obtenir ce que nous voulons. Cependant, l’évolution humaine – individuelle et collective – nous apprend, en définitive, qu’il n’y a aucun intérêt durable à rester faible et sans défense. [...]


Avant d’aborder les obstacles plus subtils au pardon et à l’éveil, comme la confusion entre nos perceptions et la réalité, considérons d’autres habitudes, caractéristiques, traits et manières d’être, qui nous maintiennent dans l’illusion de la séparation :


• La culpabilité. La culpabilité peut résulter d’un méfait que vous avez commis, mais peut rapidement se rigidifier en une colère intérieure qui se retourne contre soi. Associer la culpabilité et la colère peut sembler étrange, néanmoins, il convient de remarquer que nous éprouvons de la colère lorsque nous sommes pris en défaut. Et puisque nous avons probablement commis ce méfait, nous ne nous sentons pas en droit d’éprouver de la colère, laquelle se retourne alors contre nous-mêmes.


• La honte. La honte est encore plus profonde que la culpabilité, car elle concerne qui vous êtes plus que ce que vous avez fait. La culpabilité dit : « J’ai fait quelque chose de mal. » La honte dit : « Je suis une mauvaise personne. » C’est une raison de plus pour choisir le Jeu de l’Éveil, afin de reconnaître l’être que nous sommes véritablement.


• L’apitoiement. Ce désir de déplorer sa propre condition cache mal un désir d’auto-punition qui, en réalité, est souvent un désir de blesser ou de punir quelqu’un d’autre, à travers cette punition que l’on s’inflige à soi-même. C’est étroitement lié au martyre qui souffre pour obtenir de la sympathie.


• La peur. Lorsque nous craignons pour notre sécurité ou notre bien-être, nous nous réfugions dans la protection. Nous évitons toute confrontation avec quoi que ce soit – avec une situation qui nous a fait souffrir ou la souffrance potentielle d’un méfait qui serait révélé. La peur entraîne une expérience de contraction et de séparation. La peur, signal d’alerte en cas de danger imminent, est biologiquement nécessaire pour assurer notre survie. Toutefois, si nous éprouvons souvent de la peur chronique et de l’anxiété, nous projetons des conditions et situations passées sur le futur.


• Le doute. Shakespeare a appelé le doute « le plus grand traître de tous ». Le doute ébranle notre confiance et notre foi dans l’invisible qui, comme nous sommes en train de l’apprendre, est le domaine où demeure notre nature essentielle.


Remarquez-vous ce que tous ces schémas comportementaux ont en commun ? Ils sont tous liés au passé. [...]


L’alignement avec votre âme et votre nature essentielle vous permet de libérer vos attachements et vos identifications à vos tragédies et histoires chéries. Lorsque vous établissez votre connexion avec ce que vous êtes vraiment, ces rôles et ces histoires secondaires reprennent leur juste place. Certes, vous serez toujours le fils ou la fille de quelqu’un, et peut-être l’époux, l’épouse ou le parent de quelqu’un. Oui, vous vous souviendrez toujours de vos expériences. Vous aureztoujours une histoire et des souvenirs, plaisants et déplaisants à la fois. Vous vous identifierez peut-être encore à votre profession ou à votre passion, ou porterez un T-shirt ou un badge proclamant une opinion politique. La différence, c’est que vous ne SEREZ rien de tout cela. Vous êtes le Témoin conscient qui n’est pas soumis aux objets de votre vie.


// LEONARD LASKOW, extrait du livre "Par Don d'Amour" (p.74-75)




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